Pourquoi ?

mercredi 30 septembre 2009.

Il y a de longues années je débutais la moto sur un enduro italien de petite cylindrée : Un Aprilia 80 RC

Elle m’appris la mecanique, la patience, la beauté, et la conduite en tout terrain !

Mais la passion de la moto et de la moto italienne me vient de plus loin. C’est un virus que j’ai attrapé pas loin de chez moi, en passant chaque jour, encore enfant, devant le bistrot du village. Là étaient garées sur le trottoir les plus belles machines qu’il m’est arrivé de voir et d’entendre : Une Morini 500 Une 900 SS

Cela remonte à loin et pourtant comme si c’était aujourd’hui je sens encore leurs odeurs, un mélange d’essence et d’huile, un parfum qui changeait étrangement selon qu’elles soient chaudes ou froides. J’entends encore le bruit grave, sourd, brutal de leurs gamelles pilonnant le sol, j’entends encore les coups de tonnerre de leurs démarrages manqués, je vois encore le jeans râpé, les ongles noirs de leurs pilotes. Pas un jour de ma vie je n’ai oublié ces moments là.

C’est ensuite que j’ai fait mon apprentissage, usant des carénages, tordant des cadres, serrant des moteurs de tas de japonaises jetables. C’était un peu comme ces Francs Maçons qui font leur tour de France.

Le mien dura jusqu’au jour ou notre Raymond Roche national déposa au pied de Ducati la Coupe du Monde de Superbike. Pour fêter cela j’entrais moi aussi chez Ducat’, par la porte du concessionnaire local. Pour en ressortir avec une splendide 900 SS neuve de chez neuve, 0 Kilomètre. Une décennie entière de pur bonheur, 130 000 km de passionnata,l’osmose totale, la raison d’être.Mille Merci Monsieur Taglioni.

Puis le choc. Le mur. Le ravin. Le malheur. L’errance… Chez Guzzi, la Calif, la douceur, le voyage, la paix retrouvée…

Puis le manque, la Desmomania qui te travailles, te tirailles, t’empêches de dormir. Et par Hasard (mais le hasard existe-t-il vraiment ?) un Elefant, tu vois ce drôle d’hybride, ce bâtard, fils d’une SS et d’un husky, son bourrin m’appelle, me hante, je n’hésite pas, j’achète.

Il n’est pas vraiment en bon état, il n’est plus très jeune, il approche les 17 ans, mais je pars avec. Et là, je craque, je ne roule plus qu’avec lui, je l’avais offert à ma femme, je lui pique chaque jour, plus je le restaure, plus il m’en donne. Du plaisirs, des Watts, de la facilité, de la vélocité, à l’aise sur la route, à l’aise sur la terre, un tapis volant, du caractère à revendre, le bien et le mal réunis, ange et démon, le ying et le yang. Le Bifaro.

Je retrouve le goût, le goût de l’arsouille, le goût de rouler, le goût des chemins de ma jeunesse.

J’en veux encore, encore plus, je commence à lorgner du côté des 900, un voyage au pays des Elefants (elefant treffen en Slovénie) me fait franchir le pas, je recherche un Elefant 900 AC.

Sur l’Europe entière je traque les petites annonces. Et c’est à deux pas de chez moi que je tombe sur un 900 de 94, avec kit 944 et pot racing. Il est magnifique, fier et puissant, il te crache au visage ces victoires au Dakar, il te remue les tripes à chaque coup de gaz, un son d’outre tombe, la tombe de mon SS.

Il n’en faudra pas plus, je repars avec.

Comme toutes vraies italiennes, il faut la dompter, apprendre à faire avec sa roue avant qui cherche sans arrêt à monter au ciel, apprendre à faire avec sa roue AR qui se met en glisse à chaque sortie de virage, à faire avec ses reprises façons boulet de canon, le monstre n’est pas docile, et moi je suis têtu, le duel sera magique, passionnant.

Le Bifaro c’est la clef de la liberté, le souffle de la vie.

L’Elefant 900 c’est un coup de pied au cul à ce monde de péteux et d’assistés.

Phil the bike


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