Cagiva Elefant Paris-Dakar - L’histoire.

L’histoire d’un Baroudeur des sables...
jeudi 19 janvier 2006.
 

Dans le milieu des années 80, les rallyes étaient très populaires en France, en Espagne et bien sûr en Italie. La marque Italienne de tradition Cagiva se devait d’y participer et ce à partir de 1984. Le choix du moteur fut simple : Cagiva possédait alors Ducati et le L-twin longitudinal caractéristique de la marque, enserré dans un léger cadre treillis et une partie cycle rigide était l’un des moteurs les plus puissants alignés au rally Paris-Dakar. Il promettait à la longue de tenir le haut du pavé. C’est ainsi que la cylindrée évolua de 750 à presque 1000 cc en passant par 860 cc durant son utilisation en rally. Avec un radiateur énorme sous la plaque phare et un réservoir d’essence de près de 70 litres, ces motos prirent à juste titre le nom d’Elefant.

On engagea tout spécialement pour piloter ces machines le double vainqueur du rally Paris-Dakar Hubert Auriol qui avait quitté BMW, et le vétéran Serge Bacou, qui venait de chez Yamaha.

Les machines d’usine Cagiva devaient tout d’abord passer par un stade d’évolution et de perfectionnement et c’est en 1987 que l’objectif allait presque être atteint.

Auriol s’adapte parfaitement à son outil de travail et livre des combats acharnés au pilote d’usine Honda Cyril Neveu, qui garde toujours l’avantage. Finalement il accumule une certaine avance, de sorte qu’il aurait pu terminer les deux dernières étapes sur son acquis. Mais Auriol veut tout donner et peu avant la fin de l’avant-dernière étape il attaque un virage trop vite, sort de la piste et percute violemment un arbre. Il reste vraisemblablement longtemps à cet endroit, car il s’écoule un certains temps après que les autres pilotes d’usine soient arrivés au parc sans l’avoir vu en route... Un vent de panique se répand alors dans le parc des coureurs, en particulier chez Neveu qui ne comprend pas ce qu’il est advenu de son adversaire de longue date. Il n’arrête pas de se rendre à la ligne d’arrivée pour demander où est Auriol.

Finalement, Auriol arriva dans un mélange du grondement sourd de la cagiva et de ses cris désespérés, pour qu’on lui tienne la moto une fois arrêtée. On se précipita aussitôt autour de sa machine pour la retenir et Neveu, ainsi que d’autres pilotes, aidèrent Auriol, qui était gravement blessé, à descendre de la Cagiva.

Le spectacle n’était pas fait pour les âmes sensibles : les deux fémurs présentaient des fractures ouvertes et les os éclatés avaient percé les bas du pantalon juste au dessus des bottes, c’était effrayant. Et malgrés tout il avait eu de la chance dans son malheur : comme Auriol avait choisi de prendre un raccourci, il ne se trouvait donc pas sur la piste la plus fréquentée par les pilotes et aurait de ce fait pu mourir des suites de l’hémorragie ou du choc, si deux privés ne l’avaient trouvé et aidé, compte tenu de la pression du chrono à remonter sur sa machine qui, elle, n’était que légèrement abîmée. Et c’est sur le même rapport qu’Auriol, aussi gravement blessé, rejoint l’étape. Par cet acte "héroïque", il marque l’histoire légendaire du rally et devient lui-même un mythe.

La première victoire en rally devait revenir cette année là à Alessandro De Petri lors du Rally des Pharaons. Hubert Auriol fut obligé, par ses fractures aux jambes et sa longue convalescence, tout d’abord de réapprendre à marcher. Il ne pourrait bien sûr plus monter sur une moto dans un premier temps, ce qui ne l’empêcha pas de revenir et de gagner cette terrible course, sur quatre roues cette fois. Il dirige aujourd’hui l’équipe organisatrice de TSO (Thierry Sabine Organisation) et a beaucoup fait pour que ce rally perde l’image négative qui lui collait à la peau. Il apprécie tout particulièrement comme avant lui Thierry sabine, les pilotes moto, parce qu’il connaît de par sa propre expérience toutes leurs pressions et leurs problèmes.

En 1989 l’usine engagea, à la place d’Hubert Auriol, l’italien Edy Orioli, qui avait en 1988 gagné sur Honda, et qui devait à partir de ce moment-là lancer la bruyante Cagiva sur les pistes ensablées du désert, pour finalement arracher la victoire en 1990 pour la marque italienne. Cette année-là Alessandro De Petri devait finir en plus troisième. De même, le Rally des Pharaons était remporté en 1989 par les deux pilotes d’usine Cagiva. Lorsqu’on remplaça Orioli au début des années 90 par le champion de moto cross Danny Laporte, il sortit toujours vainqueur de leurs duels : en effet Laporte se cassait bien souvent quelques os lors de chutes à vitesse élevée et devait la plupart du temps abandonner rapidement, comme ce fut le cas en 1993, où il se brisa le poignet dans les toutes premières étapes. Il ne put même pas rejoindre Dakar.

Une grande réussite lors d’un Paris-Dakar représenta la double victoire en 1994, au cours de cette course, la surpuissante Yamaha 850T brillait par son absence et devait laisser le champ libre à Orioli et à l’espagnol Jordi Arcarons. La course s’était réduite cette année-là à un duel entre Cagiva.

En 1995 il y eu encore pour Cagiva une très belle seconde et troisième place, dans l’ordre inverse cette fois-ci et derrière la Yamaha de Peterhansel.

Malheureusement la fiabilité des Elefants laissant de plus en plus à désirer, l’époque glorieuse de Cagiva en rally touchait à sa fin et l’équipe Cagiva se retira fin 1995 des rallies.

Cagiva proposa encore durant bien des années des modèles spécifiques modifiés pour des rallyes, qui permettaient aux privés de se procurer des machines performantes pour relativement peu d’argent. Le pilote privé Oskar Garlado fit fureur en obtenant en 1997 une seconde place avec l’une de ces machines compé-client, ce qui lui permit de passer professionnel.

Merci à Gege pour la traduction de ce texte de l’allemand.